Avenir de ST : Lettre à MACRON

SITUATION DE STMICROELECTRONICS

à
M. MACRON, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique
M. KOEHLER, Directeur de cabinet

Une nouvelle fois, à l’approche des annonces de résultats trimestriels (et annuel dans ce cas) de STMicroelectronics, prévus le 27 janvier, l’inquiétude et l’impatience montent chez les salariés.

Inquiétude, car, si les plans initiaux contenus dans les déclarations de mai 2015 du PDG ont été bloqués jusqu’à ce jour, ils ne sont pas enterrés. De plus, aucune garantie sur l’emploi n’a été apportée lors de la réponse du gouvernement à l’Assemblée Nationale le 8 décembre 2015.

Impatience, car, si beaucoup d’informations ont paru sur une hypothétique nouvelle stratégie et une nouvelle équipe dirigeante, aucune décision concrète n’a été annoncée.

Dans ce contexte, la CGT attire une nouvelle fois l’attention du gouvernement – et donc de l‘État actionnaire – sur les points suivants :

Le secteur digital et les décodeurs

M.Bozotti, et plus récemment M.Ferro – le 3 novembre chez Merril Lynch – ont justifié leur volonté d’arrêter le secteur des décodeurs pour des raisons financières, assorties de considérations pessimistes sur le marché.

Ces prévisions pessimistes succèdent à une vision inverse des mêmes personnes, qui faisaient en 2013 de ce marché un Eldorado. Elles sont fort discutables.

  • L’expert du CCE concluait en décembre son rapport : « Nous estimons que le scénario de maintien de l’activité décodeurs en améliorant l’efficacité de CPD et en construisant des équipes transverses reste un scénario crédible».
  • Nos collègues – marketeurs et ingénieurs – de ce secteur estiment que ce serait une grave erreur que d’abandonner ce marché. Faut-il rappeler que la direction a failli céder sa division imageurs avant de s’apercevoir qu’elle constituait un secteur très intéressant pour ST ?
  • Enfin nous constatons que les efforts faits pour redresser les décodeurs commencent à porter des fruits en termes techniques et commerciaux.

Mais outre les perspectives commerciales propres à ce secteur, c’est celui qui est aujourd’hui le plus avancé dans ST, car on y maîtrise à la fois le matériel et le logiciel.

Le tuer aboutirait à priver ST d’une expérience et de compétences qui seront progressivement utiles à tous les secteurs. Que l’on sache, l’évolution va vers plus de complexité, plus de compétences systèmes et non l’inverse !

Pour ces raisons la CGT est opposée à toute réduction d’effectifs dans ce domaine, fût-elle sous forme de départs « volontaires ». La seule chose intelligente à faire serait, après examen objectif, d’ajuster éventuellement les moyens mis dans les décodeurs, et dans les autres domaines à développer du numérique. Quoi qu’il en soit, au vu des besoins, il faut non seulement conserver nos compétences, mais les développer.

La nouvelle stratégie et la nouvelle équipe dirigeante

Nous avons, avec beaucoup d’autres, montré que la crise actuelle de ST dépassait largement le problème du digital.

Il est urgent de relancer les investissements industriels. A Crolles 300, pour pouvoir produire en France (et non pas en sous-traitance en Asie) les produits les plus avancés. Nous devons revenir (en recherchant les coopérations nécessaires) dans la R&D technologique pour maîtriser les technologies de l’avenir. A Rousset, il faut dès maintenant discuter de la modernisation de l’outil industriel et du dossier de la 12 pouces. A Tours il faut renforcer les équipes de développement pour relancer réellement et durablement le site.

Un projet stratégique de redéveloppement peut et doit être proposé pour tous les secteurs et tous les sites, avec des objectifs de recréation d’emplois.

Les salariés sont en attente d’une nouvelle vision industrielle et de mesures concrètes comme l’arrêt de la distribution des dividendes, mesure nécessaire pour dégager des moyens et réinvestir.

Le changement d’équipe dirigeante est indispensable pour porter une stratégie aussi nouvelle. À commencer, pour être crédible vis à vis des salariés, qui sont à la base de toute production de richesse. Mais aussi vis-à-vis des clients hésitant sur l’engagement de long terme avec une entreprise ainsi dirigée.

Un simple changement de PDG (M.Bozotti) et de son vice-PDG (M.Chery) ne saurait suffire. Le staff actuel a été modelé depuis quelques années sur un modèle dicté par le grand argentier de ST, M.Ferro, et dont le maître mot est la « réduction des coûts ». Il faut donc un renouvellement complet, y compris de la politique sociale.

La CGT demande donc au gouvernement, des engagements et actes précis concernant à la fois le maintien et le développement des emplois, la stratégie industrielle, et le changement d’équipe dirigeante.

CGT STMicroelectronics France
le 14 Janvier 2016

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