Négociation QVT…

… ou comment noyer le problème de l’égalité :

Dans les prochaines semaines, direction et syndicats n’auront que ce mot à la bouche… Accord QVT pour « Qualité de Vie au Travail ». Vue l’ambiance sur certains sites, il faudrait plus qu’un accord QVT pour redonner l’envie de se lever le matin : des conditions de travail correctes, une reconnaissance du boulot effectué notamment par des augmentations de salaires, des perspectives d’évolution, voire une stratégie, des perspectives, des réussites économiques…

Mais alors quel lien entre accord sur l’égalité professionnelle et l’accord « QVT » ? La direction souhaite faire passer une partie des articles actuellement dans l’accord égalité professionnelle dans l’accord QVT, notamment tout ce qui touche à la parentalité et à l’articulation entre la vie privée et la vie professionnelle.

Nous ne sommes pas d’accord avec ce point de vue pour les raisons suivantes :

  • En faisant cela, la direction considère que cette articulation n’a pas de lien avec l’égalité professionnelle, ce qui est archi faux. Si certains hommes sont de plus en plus investis dans les tâches domestiques, il reste que 80 % de ces tâches domestiques incombent aux femmes. Les femmes prennent très majoritairement les congés parentaux, les temps partiels et subissent le plus souvent les contraintes horaires de la vie familiale (soins des enfants, de la maison… après le travail) et sont donc moins disponibles pour les heures sup, les horaires décalés ou qui débordent le soir, les formations ou déplacements à perpettes… Et cela pèse fortement sur leur évolution de carrière. Et dans la plupart des cas ce n’est pas un choix libre et enthousiaste mais un choix dicté par un fait social (« qui mieux que la mère pour s’occuper des enfants ?… » nous culpabilise-t-on) et par les écarts de salaires… (les femmes sont moins payées, donc c’est leur salaire qu’on réduit s’il faut faire un choix de temps partiel). La boucle est bouclée. Peut-être que dans 200 ans, quand la discrimination envers les femmes sera réglée (170 ans suivant les dernières données du forum économique mondial), alors l’articulation vie privée, vie pro sera un problème de QVT…
  • L’accord QVT risque d’être un grand fourre-tout, où l’on va retrouver un saupoudrage de points divers et surtout l’opportunité pour la direction de remettre en cause des points qui sont considérés comme acquis, arguant d’un nouvel accord (prise en charge du congé paternité, jours enfant malade…), et où nous n’avons aucune garantie d’un maintien des acquis ou d’une quelconque amélioration. Repartir d’une page blanche est toujours dangereux lors qu’il s’agit d’avantages sociaux.

La direction essaie de jouer sur deux tableaux :

  • Sur la partie purement salariale et évolution de carrière, elle minimise les inégalités, voire les nie ou considère qu’elles sont réglées. Et quand elle reconnait des problèmes, elle tente de les mettre sur le dos des femmes qui ne sont pas assez ceci ou trop cela.
  • Sur la partie plus sociale (vie privée vs vie professionnelle, parentalité…), soit elle explique que c’est la société qui est comme cela et que STM la subit, soit elle considère que les freins à la carrière des femmes relèvent de la « Qualité de vie au travail ». Bref, ces négociations s’annoncent plus que tendues et incertaines.

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